Victimes de viol...

Victimes de viol… Le bonheur en X étapes

 

Mon souhait le plus cher, à l’âge de douze ans, a été d’atterrir sur un tel guide. Google doit savoir, sûrement, je me disais incrédule. Raté.

Je m’appelle M. J’ai été victime de viols collectifs et répétitifs. Pendant longtemps. Je ne m’attarderai pas dessus, je ne décrirai ni les faits, ni les personnes. Je vais m’adresser à vous.

 

 

A tous les parents, peu importe de quel monde ils viennent :

 

 

- Parlez à vos enfants, apprenez-leur à ne pas se considérer comme des objets.

 

- Apprenez leur qu’il n’y a pas de tabous, qu’il n’y a pas de honte à avoir un corps.

- Apprenez à vos filles qu’arrivera un moment où elles auront leur règles, qu’arrivera un moment où leur poitrine se développera.

- Apprenez à vos fils qu’arrivera un moment où les garçons se concurrenceront sur leurs conquêtes, et apprenez leur quel respect chacun doit avoir.

- Apprenez à chaque enfant ce qu’est son corps, et apprenez à chaque enfant ce qu’est son esprit, ce qu’est la liberté et ce qu’est le respect.

- Apprenez aux enfants qu’ils sont égaux, fille ou garçon.

- Puis apprenez leur qu’ils ont le droit de parole.

- Ils ont le droit de parole à chaque instant de leur vie.

- Et enfin, ils ont le droit de vous faire confiance.

 

Aux parents de victimes:

 

 

- Cela n’arrive pas qu’aux autres.

 

- Peu importe comment la victime est, elle ne le cherche jamais. Elle n’est pas coupable.

- Ca a l’air évident mais Il ne faut pas trouver d’excuse au violeur. Qu’il soit mineur ou majeur,garçon ou fille, il est coupable. Coupable de ne s’être pas controlé, de n’avoir pas respecté l’intimité de l’autre, de s’être précipité sur sa victime. Coupable d’avoir suivi un groupe dans certains cas, d’avoir eu la volonté de déverser sa propre frustration dans d’autres, ou que sais-je encore de ses raisons. Il est coupable.

- Ne fermez pas la porte à votre enfant, écoutez le, rassurez-le, soyez présent. Ne l’accusez pas. Ne minimisez pas. Aidez-le. Mais surtout, respectez-le.

- Rassurez votre enfant. Dites lui qu’il n’est pas coupable, qu’il n’est pas sale ni souillé. Dites lui que ce qui lui est arrivé, ce n’est pas normal. Parce que oui, un enfant a tendance à porter toutes les responsabilités, à croire que c’est de sa faute, à se blâmer de ne pas voir que le viol est normal. Je n’avais moi-même pas compris ce qui m’arrivait, et je m’en voulais tellement de me sentir mal, je m’en voulais de ne pas être normale en me refusant même...

- Rassurez-vous, vous n’êtes pas coupables. Ne dites pas que vous êtes de mauvais parents, vous ne l’êtes pas, évitez en tout cas d’en culpabiliser inconsciemment votre enfant. Et croyez moi, cela peut arriver à n’importe qui.

 

A ceux qui le vivent ou l’ont vécu...

 

 

- Il n’est pas besoin de dire que vous n’êtes pas coupables. Vous le savez, bien que vous ne l’acceptiez peut-être pas... Je voudrais juste que vous sachiez que vous n’êtes pas seuls. Je n’ai pas de guide de bonheur, vous avez du le deviner. Mais je peux vous dire que vous avez le droit de vivre et que vous avez la liberté de penser. Soyez qui vous voulez être. Les personnes qui vous ont fait du mal ne vous possèdent pas. Vous avez le droit de vous en défaire. Oui, ce sera difficile, et c’est pour cela que la première étape est de s’accompagner. Se tenir la main à soi-même. Arrêter de s’en vouloir, arrêter de s’autoflageller. Vous êtes des êtres exceptionnels, chacun de vous. Vous avez le pouvoir de combattre. Vous avez tant de choses à apprendre de vous-mêmes. Vous êtes des ressources, et non des déchets.

 

- Ayez confiance en vous et acceptez votre corps, vous avez chacun la capacité de sentir les choses différemment. Ca peut paraître ridicule mais par exemple, je me sens bien en mangeant des plats à base d’orange, en sentant le parfum de la vanille, ou en observant la couleur des coquelicots. C’est personnel et ça me rassure de me savoir sensible à certaines choses de ma propre façon -en parlant des sens. C’est une façon pour moi de me réconcilier avec mon corps.

- Prenez soin de vous: en créant (peinture? dessin? bricolage? cuisine? ...), en respirant (méditation? sport? musique? ...), en prenant du plaisir.

- Vous avez le droit de parler. Libérez-vous. N’ayez pas peur de la hchouma, du poids du regard, des chuchotements derrière le dos. Ne vous attardez jamais sur les jugements. Parlez-en. Je n’ai pas osé, et je vous avoue que je le regrette. Je me dis encore que j’aurai du en parler, accuser ces mâles, prévenir l’école, ... Car oui, il est possible que cela arrive à l’école aussi. Plus tard, j’ai compris que je n’en ai pas parlé parce qu’à chaque fois que j’essayais mes parents me faisaient taire avec des coups. Je ne m’en veux pas forcément, je ne leur en veux plus non plus, c’était mon réflexe pour me protéger à cet âge et le leur pour se protéger. Mais aujourd’hui, je me prépare à parler.

- Il n’est jamais trop tard pour parler. Certes, justice ne sera pas faite, mais est-il réellement question de justice? Personnellement, j’ai compris que la vengeance ne servait à rien et que l’essentiel était de se concentrer sur l’avenir. Comment aller vers un meilleur avenir? Je sais qu’en parler ouvre des portes.

- Libérez-vous de la colère ou du regret. Je pense que ce qui m’a le plus aidée, au bout de presque dix ans maintenant, ça a été de prendre ma liberté de penser. J’ai compris que personne ne pouvait la prendre. Evidemment, j’ai encore des séquelles, je suis incapable d’avoir des relations dites normales et je me mets à pleurer pour un rien, mais je sais qu’il y a de bonnes choses en moi, j’ai même envie de dire: et alors? Je ne suis pas que ça.

- Arrêter de s’en vouloir et d’en vouloir au monde est un franchissement essentiel qui mène vers la paix

 

Encore trois phrases pour conclure...

 

 

- Ne jamais avoir peur des obstacles

- Oser voir loin, toujours plus loin

- Persévérer